LES PIERRES "TORTUES"

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Depuis longtemps nous tentons d'imaginer qu'elles étaient les limites des propriétés des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui fondèrent l'hôpital d'Orfons dans les années 1150. Celles-ci apparaissaient dans plusieurs chartes du XIIIème siècle concernant la restitution de ces terres hospitalières usurpées par les seigneurs de Dourgne durant la période troublée de la « guerre contre les Albigeois » : charte de restitution de Raymond de Dourgne -1237-, de Guilhabert de Rossilles – 1240- ; donation des frères Bonet -1245- dans laquelle on retrouve une mention qui intéresse notre propos « qui termini sunt de cruce que est supra tortalis». La plupart du temps on trouvait la mention " délimitées par les croix de sauveté" « infra cruces que antiquitus en terminis ». Malheureusement les limites désignées étaient imprécises et de nombreux toponymes ont disparu depuis.

Il fallut attendre le premier quart du XIVème siècle pour avoir deux descriptions plus précises (!) , la première datée du 11 octobre 1320 et une seconde à peine plus tardive dont va nous parler Bertrand Gabolde, connue sous le nom de "de Confrontibus de Orfontibus". Nos chercheurs Arfontais : François et Elisabeth Gabolde et Yves Ourliac avaient conscience que le point de départ de la description des limites se situait près du Fajal,  Bertrand nous le confirme, tout en nous donnant d'ailleurs des informations importantes sur l'origine des blocs de granit qui ont servi à la construction de la digue du bassin du Lampy.

Les pierres tortues : de la charte « de confrontibus de Orfontibus »

En parcourant les confronts d'Arfons selon la charte du XIVème siècle, on peut lire : ... ad rivum de Sor usque ad Petras tortorieras et deinde usque ad petram ficatam... », c'est-à-dire : « ... à partir du Sor jusqu'au Pierre tortuesques et ensuite jusqu'à la pierre plantée... »

Partons donc de la route, au niveau de la borne TARN/AUDE, et montons vers le point culminant de la limite d'Arfons et du Fajal. On rencontre d'abord la pierre de Granit gravée de la Croix Pattée des Hospitaliers (qui prend déjà un air de tortue !). On atteint ensuite une lande couverte d'ajoncs épineux ou subsistent quelques empilements de blocs de granit aux formes arrondies, « tortuesques » en effet, et ici et là, des débris de granit, vestiges probables d'autres blocs qui ont été débités sur place et enlevés.

Ci-joint des photos prises en 1980 de l'une de ces curiosités sise un peu plus bas portant la trace d'une découpe ancienne interrompue, qui lui à valu le surnom de « Pupitre ».

pupitre

Ci-joint également une photo de la « tortue » du Lampy, bien connue des baigneurs, un modèle réduit de ces « Petras tortorieras » !

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On connaît deux grandes occasions d'exploitation massive du granit du Fajal, qui ont sans doute fait disparaître nombre de ces blocs colossaux qui impressionnaient les habitants d'Arfons au Moyen-âge : ce sont la construction de la digue du Lampy Neuf en 1780 et la restauration en 1833 de la voûte des robinets du barrage de Saint-Ferréol.

Arnaud Ramière de Fortanier (Congrès de F.H.L de 1997) décrit les relations tendues de Guillaume Rodière, propriétaire du Fajal, avec la Direction du Canal du Midi qui l'exproprie de 36 séterées (15 hectares environ) pour l'installation du bassin du Lampy Neuf et qui pille sans vergogne son granit !
« J'arrive du Fajal, écrit Rodière dans une lettre du 14 février 1780, les seigneurs-propriétaires font enlever la pierre qui se trouve taillée et prête. Comment dois-je m'y prendre pour en savoir la quantité, s'il s'agit d'enlèvement ? Je sais seulement que jusqu'à ce jour il s'en est travaillé sur mon domaine 8000 pieds cube (270 m3 environ), il s'en travaille chaque jour... ».
Le général Andréossy, dans son histoire du Canal du Midi de 1800, confirme que « les parements extérieurs et intérieurs de cette chaussée (la digue du Lampy Neuf) sont faits d'un granit trouvé dans le lieu même, disséminé en gros blocs... ».

La qualité du granit du Fajal ainsi prouvée, la Société du Canal eut à nouveau en 1833 recours au granit du Fajal , qu'elle négocia avec le propriétaire d'alors : Antoine Marquier, quand il fallut restaurer la salle des robinets du barrage de Saint-Ferréol ( archives VNF Toulouse).
Ces deux chantiers, et d'autres plus discrets, ont presque effacé le lieu-dit « Petras tortorieras » de la vieille charte, mais les « pierres tortues", changées en pierres de taille, ont transmis leur sévère beauté aux parements de le digue du Lampy !

Bertrand Gabolde, décembre 2016 .

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